EL TEMPS DE LA MEMÒRIA

TRESORS DEL MUSEU D’ARQUEOLOGIA DE CATALUNYA A GIRONA

Mosaïque

Mosaïque

Tesselles en pierre mêlées au mortier

IIIe siècle ap. J-C

Can Pau Birol, Bell-lloc del Pla (Gironès)

Mosaïque originaire de Bell-lloc del Pla, l’ancien mas de Can Pau Birol, à Gérone, IIIe siècle ap. J.-C.

L’emblème (la représentation centrale) montre un personnage masculin, couvert par une chlamyde, avec un large bâton courbé, qui soutient dans la main droite un objet grossièrement circulaire. Un personnage féminin, couvert d’un manteau, regarde l’homme. Ils sont tous les deux appuyés sur une petite colonne.

Ils représentent Thésée et Ariane avant l’arrivée de Thésée dans le Labyrinthe de Crète pour tuer le Minotaure. Ariane, fille de Minos, amoureuse du héros athénien, vient de lui donner la bobine de fil qui lui permettra de trouver la sortie du labyrinthe. L’objet que l’homme porte à la main droite a donné lieu à diverses interprétations. C’est pour cela qu’il s’agit d’une mosaïque intrigante.

On avait interprété qu’il pouvait s’agit de la scène du jugement de Paris : Paris donnant la pomme de la discorde à Aphrodite, la déesse la plus belle. On avait également spéculé sur la possibilité qu’il s’agisse d’Apollon et d’une nymphe. L’élément presque définitif permettant d’interpréter les personnages comme Thésée et Ariane est la présence d’un liseré décoratif de la mosaïque avec la représentation schématisée du Labyrinthe. Ce liseré, qui n’a malheureusement pas été conservé, est bien documenté par des dessins et des photographies.

De part et d’autre des personnages, des symboles également controversés : des anagrammes avec le nom de l’artisan, des fenêtres, impossible de le savoir.

Voici la réponse à la question que nous posions lorsque nous vous avons présenté, il y a quelques mois, un lécythe aux figures noires avec la scène de Thésée tuant le Minotaure : comment fit Thésée pour trouver la sortie du labyrinthe ?

 

 

J’ai vécu tout près de cette mosaïque. Elle parvint à Sant Pere de Galligants sept ans avant ma naissance, dans la maison du jardin potager de l’abbaye, devant Sant Pere de Galligants. Je ne peux donc pas séparer symboliquement cette pièce délicate de mes souvenirs personnels. Sant Pere, Sant Nicolau et la maison de la place de Santa Llúcia numéro 1, ont formé un triangle vital inséparable dans ma biographie personnelle.

J’évoque ce lien personnel pour préciser ma vision de cette pièce, qui est plus sentimentale qu’académique. Concernant ce dernier point, le parcours de l’opuscule édité par la mairie en 1993 qui fut publié en 2016 par le Gouvernement catalan, près de 25 ans plus tard, a marqué les progrès réalisés dans la connaissance des mosaïques et de son parcours historique.

Depuis que la mosaïque de Thésée et Ariane a été récupérée et restaurée, nous pouvons écarter de façon quasi certaine toutes les autres interprétations. L’appréciation de pièces de mosaïque clairement identifiables avec un labyrinthe nous met sans aucun doute en présence d’une mosaïque dédiée au mythe de Thésée et d’Ariane. David Vivó et Lluís Palahí sont très affirmatifs à ce sujet.

Certains aspects de la mosaïque me fascinent.

En premier lieu, la nudité subtile des personnages. Les plis insinués des vêtements accompagnent avec délicatesse les corps de Thésée et d’Ariane. Près d’eux, l’énigme non résolue des symboles qui les accompagnent et la présence matérielle de l’écheveau de laine qui devrait aider Thésée à sortir du labyrinthe.

En deuxième lieu, l’oscillation sinueuse de l’histoire de la triple découverte de la mosaïque. Tout d’abord en 1877, un an après la découverte de la mosaïque emblématique du cirque. Retrouvé en 1934 par Josep de C. Serra i Ràfols, déterré à nouveau en 1941 et finalement extrait et transféré à Sant Pere de Galligants par Serra i Ràfols lui-même, comme l’explique Josep M. Llorens, érudit et savant. Contrairement à la mosaïque du cirque, le maintien in situ de celle de Thésée et d’Ariane en a préservé l’intégrité à Gérone et lui a fait réchapper, sous la protection départementale, d’un périple à Barcelone, que l’autre a vécu.

La troisième question fait référence au milieu de cette cité romaine partiellement récupérée et connue : can Pau Birol ou Bell-lloc del Pla. Cet aspect me semble le plus fascinant de tous. Tout d’abord, par la configuration du territoire de Gerunda et de son

« suburbium » dans un schéma bien connu, et qui indique la préférence des élites pour la résidence dans de grandes propriétés situées dans les faubourgs, pour y recevoir et y vivre. Mais, surtout, pour la perte souterraine de la mémoire de la cité et de ses magnifiques mosaïques enterrées, perdues entre les fondations de la propriété médiévale et les interventions ultérieures. Que ce soit le sillon des charrues, le travail de l’ouvrier agricole ou les travaux dans la maison qui mirent au jour une histoire de deux mille ans, c’est une aventure captivante.

Il convient d’y ajouter, dans ce sens, la forme équivoque de la mosaïque en T, qui semble être en lien avec les parties occupées par les murs de la propriété et l’extraction partielle d’une mosaïque quadrangulaire.

Finalement, je reviens à une anecdote personnelle : dans le cadre de mes recherches sur Joan Subias, j’ai pris connaissance des démarches pour récupérer et mettre en valeur les mosaïques de can Pau Birol, avec un droit de visite, de la part des services de culture du Conseil général et de la direction de culture du commissariat délégué du Gouvernement catalan, avec l’intervention de Subias, accompagné par Rafael Masó et Josep de C. Serra i Ràfols. La correspondance liée à ce sujet souligne le rôle du Conseil général, de la Commission de monuments et de l’Institut d’études catalanes.

Au cœur de la nef de Sant Pere de Galligants, la mosaïque de Thésée et d’Ariane semble détachée du milieu pour lequel elle avait été conçue et commandée, et requiert un effort d’interprétation et de contextualisation pour transcender la beauté intrinsèque de la mosaïque et la voir dans le contexte de la grandeur d’une villa romaine.

Joaquim Nadal i Farreras

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